Femmes et hommes autour du monde

Des inégalités de droit

L’ascension des femmes à la tête des États latino-américains, un avancement pour une plus grande égalité femmes-hommes?

3 commentaires

On assiste depuis les dernières années à une montée de femmes élues à la présidence de plusieurs États en Amérique latine. Parmi celles-ci nous pouvons citer les Présidentes actuelles Cristina Fernández de Kirchner en Argentine, Dilma Roussef au Brésil, ainsi que Laura Chincilla au Costa Rica. De plus, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet vient tout juste d’annoncer son retour dans l’arène politique du pays en annonçant ses intentions de se présenter à nouveau pour les prochaines élections.
La féminisation du milieu politique commence ainsi à s’accroitre depuis les dernières années. Cette nouvelle réalité provient de nombreux changements accomplis au cours des dernières décennies, tel que retour de la démocratie, les politiques de quotas de genre, des changements culturels, ainsi qu’un meilleur niveau d’éducation des femmes. [1]


Les politiques de quotas de genre ont été mises en œuvre de façon volontaire ou non afin d’assurer un minimum de femmes présentes sur les listes de candidatures électorales. Dans les années 1990, 11 pays latino-américains ont adopté cette mesure. [2] La représentation féminine électorale a alors augmenté dans les pays ayant mis en œuvre cette nouvelle politique de quotas de genre. Dans plus de 80 % des pays ayant adopté cette politique de quotas on retrouve une représentation de 30 % ou plus de femmes présentes au Parlement. Il est également important de mentionner que les quotas ne sont pas nécessairement de 50 % de femmes, mais plutôt entre 40 et 20 % de femmes. L’Argentine fut le premier pays à adopter cette mesure en 1991 avec un quota de 30 %. Ce pays, ainsi que le Costa Rica (quota de 40 % de femmes) et le Brésil (quota de 30 %) ont désormais démocratiquement élu une femme à la présidence du pays. [3]


Il reste cependant que de nombreux pays n’ont pas adoptée telles mesures et que même s’il existe désormais certains mécanismes afin de promouvoir la participation de femmes dans le milieu politique, celles-ci sont rarement ou difficilement appliquées. De ce fait, les femmes restent sous-représentées au niveau politique.


Cette situation nous amène à nous demander si la présence de femmes au poste de chef d’État s’est accompagnée d’une législation plus protectrice à l’égard des femmes. Il est généralement reconnu qu’une présence plus élevée de femmes au pouvoir politique amène des changements importants dans les institutions et la culture politique. On pourrait également supposer que les femmes au pouvoir représenteraient plus fortement les intérêts des femmes et leurs problèmes. Ceci fut le cas en majorité, où une attention plus particulière a été prononcée depuis les dernières années sur la violence conjugale et le droit familial.


On s’attendrait ainsi à ce qu’il y ait des avancements sur les conditions de la femme dans les pays où une femme est à la tête de l’État. Or, cette relation est mitigée. En effet, même s’il y a eu des avancées au sujet de la violence domestique et des droits familiaux, certains droits humains des femmes restent bafoués. Par exemple, le positionnement de la Présidente du Brésil Dilma Rousseff a choqué plusieurs féministes lorsqu’elle s’est engagée à ne pas légaliser l’avortement. Un choix assez controversé, lorsqu’on sait qu’environ 800 000 avortements illégaux par an sont pratiqués au pays et que le taux de mortalité des femmes enceintes est toujours élevé. [5] La Présidente Cristina Fernández de Kirchner a fait la même déclaration lors de sa campagne électorale en 2007, de même pour Laura Chincilla présidente actuelle du Costa Rica. Tout porte ainsi à croire que, malgré les avancements au niveau de la présence féminine dans la politique des pays en Amérique latine, la réalité des femmes au quotidien ne s’est pas autant améliorée que ce à quoi nous pourrions l’espérer. [6]

Dominique Cardinal

 

Voici un bref historique des femmes chefs d’État en Amérique latine :

  • Isabel Perón, Présidente de l’Argentine 1974-1976
  • Lidia Gueiler Tejada, Présidente par intérim de la Bolivie, 1979-1980
  • Ertha Pascal-Trouillot, Présidente par intérim à Haïti, 1990-1991.
  • Violeta Barrios de Chamorro, Présidente du Nicaragua, 1990-96
  • Rosalía Arteaga, Présidente par intérim de l’Équateur, 1997 (2 jours)
  • Janet Jagan, Présidente du Guyana, 1997-1999.
  • Mireya Moscoso, Présidente du Panama, 1999-2004
  • Michelle Bachelet , Présidente du Chili, 2006-2010
  • Cristina Fernández de Kirchner, Présidente de l’Argentine, 2007- maintenant
  • Laura Chinchilla, Présidente au Costa Rica, 2010- maintenant
  • Dilma Rousseff , Présidente du Brésil, 2011- maintenant [7]

Sources

[1] “Las mujeres en la política latinoamericana” de Anna M. Fernandez Poncela, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.nuso.org/upload/articulos/3571_1.pdf (dernière consultation le 29 mars 2013)
[2] « Mujeres y poder polìtico en Latinoamérica » de Mala N Htun, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.idea.int/publications/wip/upload/chapter_01-2.pdf (dernière consultation le 29 mars 2013)
[3] “Las mujeres en la política latinoamericana” de Anna M. Fernandez Poncela, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.nuso.org/upload/articulos/3571_1.pdf (dernière consultation le 29 mars 2013)
[4] « Mujeres y poder polìtico en Latinoamérica » de Mala N Htun, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.idea.int/publications/wip/upload/chapter_01-2.pdf (dernière consultation le 29 mars 2013)
[5] « Ce qui change pour les femmes » de Lamia Oualalou, , disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.monde-diplomatique.fr/2011/12/OUALALOU/47027 (dernière consultation le 29 mars 2013)
[6] « Mujeres y poder polìtico en Latinoamérica » de Mala N Htun, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.idea.int/publications/wip/upload/chapter_01-2.pdf (dernière consultation le 29 mars 2013)
[7] « Las mujeres que han logrado gobernar en América LatinaLas mujeres que han logrado gobernar en América Latina » disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.adnpolitico.com/2012/2012/02/06/las-presidentas-de-america-latina (dernière consultation le 29 mars 2013)

photo: http://www.avizora.com/publicaciones/continentes_continents/america/america_latina/0001_mujeres_presidentas_de_america_latina.htm

3 avis sur « L’ascension des femmes à la tête des États latino-américains, un avancement pour une plus grande égalité femmes-hommes? »

  1. Ce texte m’a poussée à faire une petite recherches sur quelques unes des raisons pour lesquelles les femmes sont sous-représentées dans le milieu politique.

    Ce qu’il en ressort est qu’il paraîtrait que les hommes ont plus de chance que les femmes à être élus.
    Aussi malgré la présence de quotas électoraux hommes-femmes auxquels tu fais allusion il semblerait qu’il soit encore très difficile pour les femmes d’atteindre la parité et que les hommes ont plus tendance à choisir les hommes lors des élections

    D’après un des articles que j’ai lus au sujet de la présence des femmes dans le milieu politique en Europe « 50% de femmes candidates aboutirait tout juste à 39% de femmes membre d’un parlement, il faudrait donc 63% de femmes candidates pour atteindre la parité »

    On voit aussi que certaines des mesures prises telles que les quotas de genre, sont en échec dans leur objectif visant à augmenter la présence des femmes sur la scène politique.

    Ces quelques éléments de réponses nous amènent à penser que les hommes dans l’imaginaire collectif sont plus aptes que les femmes à tenir les rênes et cela quelque soit le domaine. Les femmes semblent encore projeter une image qui porte préjudice à leur crédibilité, par conséquent l’homme inspire plus confiance. Le problème se situe donc entre autres, au niveau des représentations sociales même.

    Les pourcentages évoqués ci-dessus laissent entendre que le chemin afin que les femmes parviennent à une parité est encore long cependant des efforts doivent encore être entrepris mais à un autre niveau, reste à savoir quels peuvent être ces moyens.

    Au sujet du lien de cause à effet que tu évoquais sur la présence des femmes à des postes de chef d’État pouvant contribuer à des avancements pour les femmes, il est précisé dans un article consulté que, « les femmes parlementaires seraient en train de changer la politique et de redéfinir les priorités politiques pour y faire entendre les opinions et les préoccupations des femmes »

    Cela soulève un autre débat à savoir est-ce que les femmes doivent être élues pour entre autres améliorer la condition des femmes dans la société ou avant tout pour réaliser la même mission qu’un homme qui serait élu à la tête d’un État ?

    Voici mes références j’espère qu’elles contribueront à pousser ta réflexion sur le sujet.

    « En Europe les femmes restent sous représentées en politique »
    http://www.ladepeche.fr/article/2009/03/06/569839-en-europe-les-femmes-restent-sous-representees-en-politique.html

    « Égalité en politique enquête auprès de femmes et d’hommes dans les parlements »

    Cliquer pour accéder à equality08-f.pdf

  2. Depuis quelques années maintenant la parité en politique et dans les institutions, nationales ou internationales, est une problématique récurrente et concerne de nombreux pays. Comme tu le fais remarquer, l’instauration de quotas est bien souvent la seule façon de permettre une féminisation de ces milieux. Le choix de ne pas imposer un quota de 50% d’homme et 50% de femme, mais 40% / 50% permet de laisser une marge de manœuvre pour sélectionner les personnes en fonction de leur compétence professionnelles et non uniquement pour leur sexe.

    L’accession des femmes aux postes les plus hauts dans la hiérarchie politiques est très importante. Sans vouloir entrer dans les clichés de la comparaison homme/femme, il faut reconnaitre qu’un avis féminin peut apporter des points de vue différents et de nouvelles pistes réflexions aussi bien sur le plan économique que social. Mais pour atteindre à ces postes, les femmes doivent faire preuve d’une volonté et d’une force plus grande que celle des hommes. C’est une véritable bataille qu’elles livrent pour montrer qu’elles sont aussi légitimes à la tête d’un Etat que les hommes.

    Oui, les femmes au pouvoir peuvent faire avancer les conditions la femme, mais il ne faut pas oublier que ce sont des personnages politiques, elles doivent donc se confronter aux partis d’opposition, à l’opinion public, aux différents groupes de pressions…. Ainsi la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, qui a souhaiter promouvoir la femme au gouvernement n’a pas reçu le soutient des partis politiques, seul 24% des ministères sont dirigés par des femmes. De même, la question de la dépénalisation de l’avortement est très sensible dans des pays comme le Brésil où la religion catholique est très présente. L’opposition de l’Eglise et des partis politiques ont été plus fort que la conviction de Dilma Rousseff sur cette question. Même si elle était favorable à la dépénalisation de l’avortement, elle s’est contrainte à ne pas poursuivre en ce sens pour remporter les élections en 2010.

    L’accession d’une femme à la tête d’un État est une bonne chose pour la société et la parité, elle peut accorder une plus grande attention à la condition de la femme, mais cela n’est pas suffisant. Elle ne peut faire évoluer les conditions des femmes à elle seule. D’un point de vue purement politique, la question de la condition de la femme est un débat comme un autre, sans soutient il n’abouti pas à des mesures concrètes. La présidente doit être appuyée dans ses démarches par une majorité de la classe politique et surtout par l’opinion publique.

    Source
    Ce qui change pour les femmes, Décembre 2011
    http://www.monde-diplomatique.fr/2011/12/OUALALOU/47027

  3. Merci Marly et Laurence pour vos commentaires.
    En effet, les hommes ont plus de chance que les femmes à être élus encore aujourd’hui du à un système patriarcal qui a été installé depuis des décennies. Pendant très longtemps, les femmes ont été exclues de la politique et ont dû se battre pour avoir accès à des droits fondamentaux, tel le droit de vote. Bien que cette époque soit résolue, l’égalité entre les femmes et les hommes en politique reste néanmoins défavorable pour celles-ci. Comme Laurence l’a mentionnée, plusieurs institutions tels l’Église catholique et certains partis politiques, sont encore très puissants en Amérique latine et peuvent mettre un frein à l’avancement du statut de la femme dans la région.

    Je ne suis cependant pas d’accord avec l’argument de Marly qui dit que « les hommes dans l’imaginaire collectif sont plus aptes que les femmes à tenir les rênes, et cela quel que soit le domaine. Les femmes semblent encore projeter une image qui porte préjudice à leur crédibilité, par conséquent l’homme inspire plus confiance. » Dans un des articles que j’ai lus sur le sujet, un sondage a été effectué sur l’opinion publique des femmes en politique. Il en a été ressorti que les femmes sont perçues comme étant plus honnêtes et moins passibles de corruption que les hommes. De plus, 66 % des personnes interrogées pensent que les femmes sont tout autant agressives et compétitives que les hommes lorsqu’elles accèdent à des postes en politique. [1] Je fais bien référence ici à la région de l’Amérique latine.

    Pour ce qui est de la question à savoir si les femmes au pouvoir devraient nécessairement améliorer la condition de la femme, je crois personnellement que oui. Particulièrement en Amérique latine, où les femmes subissent toujours dans leur quotidien des inégalités et sont encore marginalisées dans plusieurs secteurs. L’histoire nous démontre cependant que ce n’est pas toujours le cas. L’exemple qui me vient à l’esprit est inévitablement Magaret Thatcher, cette femme que l’on surnomme la Dame de Fer, qui a dirigé le Royaume-Uni avec une férocité qui ne rejoint aucunement les valeurs féministes. Quoi qu’il en soit, je crois que le retour de Michel Bachelet en politique au Chili après avoir siégé comme présidente d’ONU Femmes sera bénéfique et aura, je l’espère, une influence sur les politiques en Amérique latine dans les prochaines années.

    Référence:
    [1] “Las mujeres en la política latinoamericana” de Anna M. Fernandez Poncela, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.nuso.org/upload/articulos/3571_1.pdf (dernière consultation le 18 avril 2013)

    Dominique Cardinal

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