Femmes et hommes autour du monde

Des inégalités de droit

Le combat des femmes en Inde

5 commentaires

Nous retrouvons au sein de l’Inde différentes formes d’inégalités entre les hommes et les femmes, de même qu’entre les femmes elles-mêmes en raison, entre d’autres du système de caste toujours présent. Toutefois, nous n’aborderons pas cet aspect précis dans ce billet. Plusieurs vont mettre de l’avant l’émancipation de la femme indienne en stipulant la liberté professionnelle que plusieurs ont acquise ainsi que leur présence en politique. Il est vrai que les femmes  indiennes ont depuis un certain temps fait leur place au sein de la politique du pays, en occupant des postes d’importance tels que Présidente du Parti du Congrès, Première ministre et Présidente de l’Inde. La plupart des femmes restent toutefois, « soumises à des traditions ancestrales qui les considèrent comme inférieures et subissent de nombreuses violences au quotidien.[1]»  Selon une enquête du Thomson Reuters, l’Inde occuperait la 4e place à titre de pire pays dans le monde pour la condition de la femme. Une seconde étude effectuée par Anderson et Ray, indique même qu’il aurait la disparition de près de 2 millions de femmes chaque année en Inde[2].  Un élément expliquant le nombre important de crimes sexuels commis sur les femmes serait, entre d’autres, relié au ratio disproportionné de 914 femmes pour 1000 hommes. Ce nombre inférieur de femmes « inciterait aux harcèlements sexuels ou au viol parce que les jeunes garçons ne peuvent pas se marier [3]», selon certains auteurs.

De plus, l’absence d’un réel désir de support du système policier, majoritairement masculin, par son ignorance perpétuelle des plaintes de viols et d’agressions faites par les femmes qui ont le courage de dénoncer leurs agresseurs, porte par ce fait préjudice à l’amélioration de la condition de la femme. Celles-ci ne font donc pas confiance au système judiciaire en place du aux propos désobligeants des policiers, qui excusent les agresseurs ainsi qu’à l’ignorance de leur demande d’aide et de justice[4]. C’est pourquoi qu’en 2005, des femmes qui en avaient assez d’être terrorisées par leur agresseur ont décidé vu les multiples décisions judiciaires ne le condamnant pas, de se faire justice elles-mêmes. Elles tuèrent leur agresseur à l’aide de couteau de cuisine à l’intérieur même de la cour de justice suite à sa libération[5].

En 2006, une nouvelle loi fut mise en place afin de contrer la violence faite aux femmes, toutefois la lenteur du système fit en sorte qu’elle ne fut véritablement en vigueur qu’un an plus tard, soit en 2007. Sur ce, plusieurs critiques sont faites à l’égard du gouvernement indien qui malgré ses efforts, n’arrive pas à faire appliquer ces lois, ce qui n’améliore doncpas concrètement la situation des femmes dans le pays. Les données officielles de l’État ont recensé en 2011 près de 256 329 crimes violents, dont 90% ont pour victimes une ou des femmes, ce qui est cependant, loin de représenter les chiffres réels, dû au déshonneur et la peur qui retiennent souvent les femmes à porter plainte aux autorités[6]. De ce nombre, uniquement 26,4% des procès ont mené à la condamnation contre les accusés[7]. De même qu’en 2012, 1 seul accusé fut sanctionné sur un total de 635 viols recensés à New Delhi[8]. Le nombre important de viols en Inde banalise cette situation omniprésente dans le quotidien des femmes. Toutefois un viol de trop, effectué en décembre dernier, du à son atrocité, amena principalement les femmes, mais également des hommes à manifester dans les rues de New Delhi afin de se révolter contre le manque de justice ainsi quela violence faite aux femmes. Celle que le Président Singh surnomma la fille de l’Inde qui décéda suite à un viol collectif à l’intérieur d’un autobus de la ville et abandonné sur le bord de la route déclencha un mouvement de révolte de la population, pour mettre fin à cette situation[9].  Suite à cette révolte, le parlement indien adopta une fois encore, une nouvelle loi contre la violence sexuelle faite aux femmes, qui précise que le harcèlement, le voyeurisme et le harcèlement sexuel sont des crimes. De plus, la peine de mort est maintenant une sanction possible, si le crime conduit à la mort de la victime. Un autre élément de cette loi précise que « les policiers qui refusent d’ouvrir une enquête suite à une plainte d’agression sexuelle seront aussi passibles de poursuites criminelles [10]».

Il est malheureux qu’il soit nécessaire qu’un événement tragique arrive afin de mobiliser les gouvernements à agir et encore là, cette nouvelle législation va-t-elle véritablement aider à diminuer les inégalités de sexe présentes en Inde?  La révolte populaire ainsi que la médiatisation de ce dernier drame a selon moi, fait avancer la cause des femmes, en informant le monde entier du combat qu’elles mènent, cependant l’égalité entre les sexes est encore loin d’être acquise pour elles.

Chloé Lamontagne


[1] M. Laurence. « Comment l’Inde traite ses femmes ». Le Monde. En ligne. http://inde.aujourdhuilemonde.com/comment-l%E2%80%99inde-traite-ses-femmes. Page consultée le 28 mars 2013.

[2] Idem.

[3] Idem.

[4] Le Nouvel Observateur. L’Inde sous le choc après la mort de l’étudiante violée. En ligne. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121229.OBS3964/inde-nouvelles-manifestations-apres-la-mort-de-l-etudiante-violee.html. Page consultée le 28 mars 2013.

[5] The Guardian. ‘Arrest us all’. En ligne. http://www.guardian.co.uk/world/2005/sep/16/india.gender. Page consultée le 28 mars 2013.

[6] Libération. En Inde, funérailles sous tension de l’étudiante violée. En ligne. http://www.liberation.fr/monde/2012/12/30/en-inde-funerailles-sous-tension-de-l-etudiante-violee_870705. Page consultée le 28 mars 2013.

[7] Idem.

[8] M. Laurence. « Comment l’Inde traite ses femmes ». Le Monde. En ligne. http://inde.aujourdhuilemonde.com/comment-l%E2%80%99inde-traite-ses-femmes. Page consultée le 28 mars 2013.

[9] Libération. Les cinq auteurs présumés du viol de l’étudiante de New Delhi ont été inculpés.  En ligne. http://www.liberation.fr/monde/2013/01/03/les-cinq-auteurs-presumes-du-viol-de-l-etudiante-de-new-delhi-ont-ete-inculpes_871429. Page consultée le 28 mars 2013.

[10] Radio-Canada. Le Parlement indien adopte une loi plus stricte contre la violence sexuelle. En ligne. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2013/03/21/007-parlement-inde-nouvelle-loi-violence-sexuelle.shtml. Page consultée le 28 mars 2013.

5 avis sur « Le combat des femmes en Inde »

  1. Le statut de la femme en Inde a certes connu plusieurs périples mais n’a jamais été réellement stable. Plusieurs stipulent que le statut de la femme en Inde a connu une amélioration considérable qui s’est traduit par exemple par l’affirmation de l’égalité entre les sexes dans la constitution indienne,l’accès aux femmes à la vie politique…
    Néanmoins, il existe une grande différence entre ces principes et la réalité de ces femmes. Je voudrais à cette effet revenir sur l’affaire de la mort de la jeune fille suite au un viol collectif qui à première vue avait créé une importante polémique aussi bien en Inde et à l’étranger. On aurait tendance à croire que les révoltes des indiennes après cette tragédie, les pressions et manifestations populaires qui se sont tenues, les ‘soi-disant’ efforts que fournissait le gouvernement, avaient finalement porté leurs fruits en rétablissement le statut de la femme mais la réalité en est toute autre. En effet, l’on compte actuellement, plus de 800 femmes qui avaient subi une agression à New Delhi depuis la polémique du viol collectif survenue en décembre dernier ce qui représenterait une augmentation de 148% depuis janvier par rapport à l’année 2012 ainsi qu’une hausse de 600% des cas de viols. Ces chiffres sont inquiétants mais relate pourtant d’une triste vérité qui selon moi est la dégradation progressive du statut de la femme en Inde. Certes il y a eu adoption d’une loi contre la violence sexuelle commise envers les femmes mais reste à l’appliquer correctement . « Le Premier ministre, Manmohan Singh, a lui-même reconnu qu’en dépit des actions déjà prises, il faut faire encore beaucoup plus ».
    Je pense que la restructuration et les réformes de fonds du système policier avec la nécessite de faire participer les femmes au système sécuritaire du pays serait un pas de plus vers le développement du statut de la femme en Inde.

    Sources:
    http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1611291/2013/04/09/La-violence-contre-les-femmes-ne-recule-pas-en-Inde.dhtml

    http://www.elle.fr/Societe/News/Inde-forte-hausse-des-viols-et-des-agressions-sexuelles-2422220

    http://tilz.tearfund.org/Francais/Pas+%C3%A0+Pas+71-80/Pas+%C3%A0+Pas+72/La+condition+de+la+femme+en+Inde.htm

    • Merci de vos commentaires très pertinents. Pour répondre à Khadija, je suis de votre avis sur la nécessité d’inclure et de faire participer les femmes dans les nouvelles réformes du pays, autant dans le système judiciaire qu’au niveau des mesures à prendre pour contrer ce fléau. J’aimerais également apporter ma théorie sur la hausse de 600% du nombre de viols dans le pays depuis l’événement dramatique du viol collectif menant à la mort d’une jeune fille. Cette hausse me paraît incroyablement grande et je ne crois pas personnellement que les hommes ont décidé d’aller violer davantage de femmes suite aux révoltes. Cette hausse de 600% représente selon moi, une meilleure vue d’ensemble du réel nombre de viols qui se produit en Inde. La révolte populaire a incité d’après moi un plus grand nombre de femmes à dénoncer leur agresseur aux autorités, plutôt que de garder le silence. J’admire le courage de ces femmes, car il est nécessaire de briser ce silence.

      Chloé Lamontagne

  2. Il est effectivement désolant de constater que malgré de nombreuses tentatives populaires pour éveiller la conscience collective sur le statut de la femme en Inde, la situation ne semble pas avoir changé depuis des années. Malgré une augmentation des cas, au XXIème siècle, les violences faites aux femmes en Inde ne sont pas toujours rapportées aux autorités, à cause d’une habitude ancrée dans les traditions de considérer les femmes comme inférieures(1). Ainsi, bien qu’on constate actuellement un renforcement dans la législation visant à donner davantage de recours aux femmes victimes de violence, peut-on vraiment espérer que la situation s’améliore si les mentalités ne changent pas? Malheureusement, il semble que l’Inde reste actuellement un pays où la volonté d’un changement de la condition féminine n’est pas assez répandue dans la population pour qu’il se produise une amélioration de manière radicale(2). Que faudrait-il faire pour amener une évolution dans les mentalités? Bien que la société indienne reconnaisse de nombreux droits aux femmes, tels que l’engagement politique (comme l’a mentionné l’auteure de ce billet), mais aussi le droit aux allocations familiales ou encore le droit de créer son entreprise, la situation se détériore dès que l’on met le pied en région rurale. En effet, la pauvreté et le manque d’informations représentent un véritable frein à leur indépendance et à leur autonomisation(3). Il faudrait donc probablement commencer par cibler ces régions si l’on souhaite véritablement provoquer un changement positif. Ainsi, des programmes de promotion des droits humains, d’alphabétisation ou encore de microfinance s’avéreraient essentiels pour redonner aux femmes indiennes la place qu’elles méritent et contribuer à leur assurer un meilleur avenir(4). Évidemment, la situation alarmante des femmes ne se limite pas aux régions rurales. Le problème est tellement vaste et diffus qu’il a de quoi effrayer. Tous les indicateurs sur la situation des femmes montrent une dégradation de leur condition au cours des dernières années et les statistiques démontrent que les crimes à leur égard ont augmenté(5). Le gouvernement indien doit dès maintenant prendre des mesures drastiques et faire de l’amélioration de la condition de la femme sa priorité, sans quoi, la situation risque de demeurer telle qu’elle est. Le renforcement récent des lois à cet égard est un pas dans la bonne direction, mais la promotion et l’éducation sur les droits des femmes contribueraient très certainement à prévenir le problème chez les générations futures plutôt que de tenter de le guérir.

    1. Kalyani Menon-Sen, A. K. Shiva Kumar, « Women in India: How Free? How Equal? », United Nations, 2001.
    2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Condition_des_femmes_en_Inde#Les_conditions_du_changement
    3. http://www.humanium.org/fr/actu/2011/02/situation-femmes-inde/
    4. Idem
    5. http://inde.aujourdhuilemonde.com/l%E2%80%99inde-cote-ombre-l%E2%80%99inde-des-femmes

  3. Salut Chloé et Khadija,

    Tout d’abord, très bon blog! Il démontre bien que la situation en Inde côté égalité homme-femme et, surtout, pour ce qui touche la dignité des femmes et leurs droits fondamentaux, est plus que critique. Plusieurs statistiques sont plutôt alarmantes, notamment le 2 millions de femmes disparues annuellement en Inde. Ouf!

    L’un des grands fléaux, au-delà des inégalités de genre qui dictent par contre aussi le comportement agressif des hommes, demeure inévitablement le dépassement d’une limite qui ne peut être expliqué que par l’inégalité «homme-femme», c’est-à-dire le passage à la violence sexuelle. Ces déterminants directs, en Inde, demeurent largement inexplorés, mais quelques conclusions dressent une idée du phénomène : plus on est en ville, et plus l’homme est jeune, plus les chances de violence sexuelle perpétuée sont fortes .

    Également, une autre étude démontre que l’absence d’enfant de l’homme, les relations extramaritales du mari, l’exposition intergénérationnelle du mari à la violence, la consommation d’alcool, le taux de criminalité de la communauté ainsi que la pression économique du ménage sont tous associés, en Inde, à la violence sexuelle .

    Certains ont également remarqué que l’éducation universitaire rendait l’homme plus protecteur et moins violent, et que l’éducation primaire ou secondaire chez les maris ou les femmes influençaient le comportement sexuel des hommes .
    Finalement, une dernière étude démontrait que pour la femme, le fait d’être enceinte ou nouvelle mère, d’avoir eu accès à une éducation tertiaire, d’avoir marié un homme qu’elles connaissaient, dont elles étaient familières, réduisaient les risques de violence sexuelle .

    Bref, on remarque qu’une tonne de facteurs peuvent influencer, à travers les inégalités homme-femme, le risque de violence sexuelle en Inde. C’est peut-être pour cette raison que, malgré les lois, malgré toutes les mesures prises par le gouvernement, le phénomène perdura et s’intensifiera même, car il complexe et multiforme.

    De plus, quand un système de gouvernance est aussi faible qu’en Inde, quand, comme tu le dis, une si faible proportion des hommes sont condamnés, quand donc une confiance et une légitimité ne sont donc pas du tout accordées au système judiciaire, ce n’est pas en instituant des lois plus sévères que la situation va s’améliorer.

    C’est en intervenant ailleurs, plus directement dans les pratiques quotidiennes des Indiens, dans l’éducation, dans l’éducation qui peut-être réduit l’importance de la religion et des castes, dans une sensibilisation communautaire, ciblée sur la jeunesse, d’un respect mutuel, d’une société paisible et digne. Car, peu importe ce qu’on en dira, de l’importance des religions et des castes dans les inégalités de genre, il y a tout de même un lourd pas à franchir entre ces principes et la violence sexuelle, comme on le voit à travers les déterminant directs de celle-ci.

    Quel problème complexe!

    Charles-Éric

  4. Merci pour vos commentaires également. Je m’accorde avec madame Lefrançois sur le fait que la volonté du gouvernement indien sur l’amélioration de la condition féminine est déficiente. Un article de La Presse mentionnait justement que « plus de 42 politiciens indiens ont été récemment réélus malgré des accusations sérieuses de viols et de sévices sexuels qui pèsent sur eux ». Il va de soi que ces individus ne favoriseront pas la mise en place rapide de nouvelles mesures et lois pour contrer ce fléau. Tel que nous avons pu l’observer, les diverses mesures législatives qui ont été mises en place en Inde n’ont pas démontré de grandes avancées dans l’amélioration de la condition féminine. C’est pourquoi il est nécessaire d’emprunter une voie différente. La suggestion de monsieur Lavery qui consistait à mettre l’emphase sur l’éducation et la sensibilisation afin d’atteindre plus directement la population dans les pratiques quotidiennes serait une avenue pertinente à considérer de la part du gouvernement. Je suis également de l’avis de monsieur Lavery sur le fait que la violence faite aux femmes dépasse la simple inégalité homme-femme, c’est pourquoi il serait important qu’une analyse plus approfondie soit effectuée afin d’identifier et de comprendre les différentes causes menant à ce fléau. D’ici là, je crois qu’il est important que la dénonciation de ces crimes et la révolte populaire se poursuivent afin de lancer un message clair aux agresseurs; ces actes sont inacceptables et ne seront plus tolérés!

    Chloé Lamontagne

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