Femmes et hommes autour du monde

Des inégalités de droit

Nouvelle législation concernant l’avortement au Dakota du Nord

2 commentaires

Le 28 janvier 1988, après une longue lutte à laquelle participèrent des milliers de femmes (et d’hommes), l’avortement fut légalisé par la Cour supérieure du Canada.  Bien que ce droit soit présentement protégé par la Charte des droits et libertés, cela n’empêche pas les opposant-e-s à l’avortement de manifester contre cette pratique.  Si nous allons du côté de nos voisins États-Uniens, la situation est plus complexe. Tout comme au Canada, l’avortement est légal, mais  chaque état détient le pouvoir de voter sur certaines restrictions pouvant limiter l’accès des femmes à ce service. Par exemple, l’article mis en annexe démontre  une tactique récemment mise en place par l’état du Dakota du Nord qui souhaite devenir l’état où la majorité des avortements serait illégale[1]. En effet, une femme ne pourrait pas obtenir un avortement si un battement de cœur est présent; ce dernier commence à battre chez l’embryon humain habituellement vers la quatrième semaine de grossesse. Ceci dit, à moins qu’une femme n’effectue un test de grossesse chaque semaine, il serait déjà probablement trop tard pour elle d’obtenir un avortement lorsque les premiers  signes de grossesse (absence de menstruation) feraient leur apparition. Les états de l’Arkansas et du Mississippi souhaitent eux aussi mettre en place des politiques similaires[2].

Cette intervention n’a pas pour but de lancer un débat sur la légitimité de l’avortement. Personnellement, je ne peux pas, et je ne veux pas dire si je suis pour ou contre l’avortement pour la simple et unique raison que ce choix ne m’appartient pas. Je ne veux pas, et ne pense pas avoir le droit de dire à une femme ou à qui que ce soit, comment agir avec son propre corps.  Ces projets de loi démontrent que même si en Amérique du Nord, des luttes furent gagnées afin que les femmes soient enfin maitresses de leurs choix et décisions et, par le fait même, qu’elles en assume pleinement les résultantes , cela ne témoigne aucunement  de la fin de ces luttes.

Il y a inégalité entre les sexes dans cette situation, puisque des lois sont mises en place pour contrôler une partie de la population; celle détenant un utérus. Le corps des hommes n’est pas contrôlé par le gouvernement, il n’y a personne qui organise des manifestations contre la masturbation ou encore la vasectomie. Je pourrais soulever le point que lorsqu’il y a masturbation,  une source de vie future est gaspillée. Argument ridicule ? En effet, mais il est aussi ridicule que de comparer un embryon ayant autant de cellules  qu’une mouche, à un être vivant actif et surtout, viable.  Cet embryon a effectivement le potentiel de devenir un individu (tout comme les spermatozoïdes  si on leur en  donne la chance) mais à ce stade, ce n’est pas le cas.

Je terminerai en soulignant que je ne crois pas qu’un embryon ou un fœtus soit négligeable.  En fait, je ne crois pas que ce soit une décision facile et plaisante pour une femme de subir un avortement. Néanmoins, à la fin de la journée, il s’agit de sa décision, de son corps et aussi de sa vie, car elle devra prendre soin de cet enfant (ou vivre une séparation assez douloureuse dans le cas d’une adoption).  Ce qui est nécessaire pour réduire le nombre de grossesses indésirables est une meilleure éducation sexuelle chez les individus, un meilleur accès aux moyens de contraception  (condoms, pilules, etc.) ainsi que la promotion de ceux-ci.

En tant que femme, mais aussi en tant qu’individu logique, je crois pertinemment que la vie d’une femme vaut plus que celle d’un être qui ne pourrait même pas survivre si cette dernière n’existait pas.

Sur ce, j’espère que l’aspect ironique et sarcastique de certains de mes propos n’est pas passé inaperçu. En espérant  recevoir vos commentaires ! Bonne journée !

Articles complémentaires :

– http://rhrealitycheck.org/article/2013/03/15/move-over-arkansas-north-dakota-is-ready-to-outdo-you-on-anti-choice-extremism/#

2 avis sur « Nouvelle législation concernant l’avortement au Dakota du Nord »

  1. Tout d’abord, très bon billet ! Pour continuer un peu dans la même veine de votre article, j’ai deux éléments que j’aimerais soulever :
    Premièrement, qu’en est-il de l’avortement en cas de viol ? Est-ce que le Dakota du Nord partage la même vision que la parlementaire républicaine Cathrynn Brown qui a déposé un projet de loi qui vise à définir l’avortement « comme une destruction de preuve […] » ? Il semblerait que oui : « […] Aucune exception n’est faite pour les cas de viol, d’inceste, ni même en cas de danger pour la santé de la mère. Cette loi est toutefois susceptible d’être annulée par la Cour suprême. […] » On priorise quoi le droit des femmes ou le droit à la vie, ensuite, comment fait-on pour s’assurer que cet enfant s’il naît par obligation légale, reçoive tous les soins et l’amour nécessaire. Comment peut-on imposer un choix aux femmes et encore plus dans le cas d’un viol? Qui nous sommes pour prendre cette décision ?

    Deuxièmement, est-ce que l’interdiction d’avortement dans cet État, va amener les femmes à prendre des risques pour leur santé, c’est-à-dire de s’avorter dans des conditions inaptes et dangereuses. Est-ce que ça va provoquer le retour des avortements de « boucherie » ? Simplement pour remettre en perspective, les problématiques causées par l’interdiction d’avortement. En 1966, la principale cause d’hospitalisation des Canadiennes est l’auto-avortement, il y a eu 45 000 admissions. Dans le monde, on parle de 20 millions d’avortements qui sont pratiqués dans des conditions risqués pour la femme et ce, chaque année. Il y a près de 50 000 femmes qui meurent chaque année, des suites d’avortements non sécuritaires. Alors, en plus de remettre en question le droit du choix chez les femmes, l’État n’est-il pas en train de mettre la santé des femmes à risque.

    Des lois plus sévères ne conduisent nullement à une diminution du nombre d’avortement. Ça ne fait qu’amplifier les risques pour la santé des femmes et mets en danger leur vie. Le Dakota du Nord va à contresens de ce que les études tendent de démontrer, c’est-à-dire qu’une légalisation de l’interruption de grossesse fait baisser le risque pour les femmes et diminue le nombre d’intervention.

    André Marcoux

    http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201301/24/01-4614810-une-parlementaire-americaine-veut-criminaliser-livg-apres-un-viol.php

    http://www.siawi.org/article5423.html

    Slogan FCALA http://www.fqpn.qc.ca/contenu/pdf/RechercheACLCFQPN2010.pdf

    Conseil du Statut de la Femme du Québec – Le droit à l’avortement 25 ans de reconnaissance p.8

  2. Questions intéressantes ! Pour ce qui est de la première, selon plusieurs articles (1) l’avortement serait interdit non seulement dans les cas de viol, mais aussi dans les cas où le fœtus aurait une déformation ou une maladie grave. De plus, selon ce que j’ai lu, cette loi aurait aussi un impact important pour les couples ayant recourt au processus in vitro. En effet, lorsque l’on procède avec la méthode in vitro, plusieurs ovules fécondés sont implantés dans l’utérus pour augmenter les chances qu’au moins un embryon se développe normalement. Cependant, il arrive parfois qu’ils atteignent tous le stade d’embryon, donc ayant un battement de cœur, mais sans réellement être viables, ou encore il se peut qu’ils soient trop nombreux pour que la mère les porte à terme sans risque (sextuplet, par exemple). Ceci dit, selon la nouvelle loi, les médecins n’auraient plus le droit de sélectionner et de retirer de l’utérus les embryons excédentaires, ce qui, comme vous l’avez mentionné, pourrait mettre en danger la vie de la mère ainsi que des autres embryons qui pourraient être mené à terme. Bref, on voit ici combien cette loi est non seulement discriminatoire envers les femmes, mais représente aussi une menace directe à leur santé.
    En ce qui concerne la seconde question, beaucoup d’études démontrent effectivement qu’interdire les avortements ne réduit pas le nombre d’avortements et augmentent habituellement le nombre de procédures plus dangereuses, ou plus coûteuses pour les femmes qui doivent se rendre dans un autre état pour être avortées. Selon cet article (2), le taux d’avortement a tendance à être plus élevé dans les pays où cette procédure est interdite. Il faut mentionner que dans la majorité des pays où l’avortement est interdit, ou extrêmement encadré, les moyens de contraception et l’éducation sexuelle ne sont pas très présents (3).

    Bref, le débat sur l’avortement qui fait rage aux États-Unis démontre clairement que ce n’est pas parce que nous avons obtenu un droit que la discussion est close. Les vainqueurs devront toujours continuer le combat puisque les perdants n’abandonneront par leur cause aussi facilement.

    1. http://www.csmonitor.com/USA/DC-Decoder/2013/0326/Why-new-law-makes-North-Dakota-most-anti-abortion-state
    2. http://usatoday30.usatoday.com/news/health/story/health/story/2012-01-18/Higher-abortion-rates-where-its-illegal/52641546/1

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